La Réserve Naturelle des Abattis

Dans la vallée de la Semois, on trouve onze réserves naturelles, d’une superficie totale d’environ 220 hectares. La superficie de la réserve des Abattis est d’environ 24 hectares.

Le site et la réserve naturelle des Abattis sont situés à Sainte-Marie sur Semois à cheval sur les communes d’Etalle et Tintigny. L’accès dans la réserve se fait sous la guidance d’un conservateur.

La formation

Voici environ 200 millions d’années (tout le monde s’en souvient !) la Lorraine naît sur la plage d’une mer appuyée contre le massif ardennais. De couches en couches de duretés différentes, de dépôts en érosions, apparaît le relief actuel appelé en «cuestas » typique de notre Lorraine.

La Semois prend source à Arlon et s’écoule mollement vers Florenville, bordant le flanc nord de la première cuesta. De ce fait, la rivière reçoit essentiellement des eaux qui viennent de l’Ardenne comme la Rulles, la Mellier, ou la Vierre. Une exception est le ruisseau du Rolle qui fait quasiment la limite entre les communes de Tintigny et d’Etalle en aval de Poncelle-Landin.

Depuis la fin du XIX° siècle jusque dans les années cinquante, la Semois a connu des travaux gigantesques de rectification de son cours depuis Arlon jusqu’à Tintigny. Les deux buts poursuivis étaient d’accélérer la vitesse d’écoulement de la rivière et par voie de conséquence espérée, assécher la plaine alluviale environnante à des fins agricoles. Ni l’un ni l’autre de ces deux buts ne se sont réalisés : la rivière déborde toujours et, comme le sol est imperméable, il reste marécageux presque toute l’année. De plus, ce sol est pauvre en éléments nutritifs utilisables par les plantes, ce qui le rend peu productif en agriculture. Cependant là où la Semois déborde, on voit les traces néfastes qu’elle y provoque : l’azote qui provient des engrais ainsi que du lisier animal et humain et les phosphates de nos lessives ne sont pas sans conséquences drastiques sur l’environnement. Il faut savoir que la Semois est une des grandes rivières les plus polluées de Wallonie.

Sur les terres où la rivière n’a jamais débordé ou ne déborde plus depuis longtemps, la qualité biologique est exceptionnelle quand elles n’ont connu que des pratiques agricoles dites extensives : pas d’engrais, fauchage tardif, pâturage extensif, pratiques en somme assez respectueuses du milieu naturel. Y ramener aujourd’hui les eaux polluées de la Semois serait anachronique et nous ferait remonter dans le temps où l’inconscience environnementale était de mise. C’était l ‘époque où l’homme croyait encore à la toute puissance de sa technique avec notamment pour héritage le sempiternel épicéa dont les plantations sont, somme toute, assez récentes.

La création

L’association reconnut la valeur biologique du site à la fin des années septante. Mlle Hubert signait en mars 1980 au nom de l’association les premiers achats de quelques parcelles abandonnées par l’agriculture. Ces achats se sont poursuivis régulièrement pour atteindre à l’heure actuelle environ 24 hectares de biotopes sous statut de Réserve Naturelle. A la suite des arrêtés d’agrément pris en application de la loi de 1973 sur la conservation de la nature, la réserve bénéfice du statut de Réserve Naturelle agrée depuis 1996.

Description:

Habitats

Le site des Abattis est peut-être un des exemples types de ce que nous venons de décrire dans le paragraphe « La formation ».

Le vieux bras et les marais qui l’entourent comptent parmi les zones humides les plus remarquables de la Lorraine belge. Le site est constitué d’habitats qui vont du couvert épais de résineux jusqu’à celui très léger de prairies de fauches en passant par des bosquets de bouleaux ou de saules.

Un ancien méandre fort long (1,400 km) subsiste suite aux travaux du XIXème siècle. Le redressement de la Semois a provoqué l’isolement de ce bras alimenté par des sources dont la pureté contraste étrangement avec celle de la Semois rectifiée.

Dans l’enclave formée par le vieux bras et l’actuelle Semois ainsi que dans la plaine alluviale du Rolle, la réserve naturelle RNOB des Abattis s’étend sur environs vingt quatre hectares. Le vieux bras et sa plaine voisine sont un complexe marécageux formé d’une mosaïque de biotopes acides et de milieux influencés par le calcaire de la première cuesta. Ces milieux sont toujours humides ou très humides.

Ainsi on distinguera plusieurs habitats bien marqués : la prairie fauchée, les milieux en recolonisation forestière, les bas-marais acides, mais surtout les bas-marais alcalins de loin plus importants au point de vue du patrimoine naturel. Les berges du Rolle et le plan d’eau du vieux bras sont deux autres habitats bien individualisés. Quelques dépressions où se forment de jeunes tourbières sont significatives de ce milieu hétérogène. Les boqueteaux de bouleaux sont l’habitat de luxuriants lichens comme les usnées.

La flore

Ici règnent en maître les laiches qui forment des touradons témoins de l’abandon des pratiques agricoles. Là ce sont les saules qui occupent l’espace et en deviennent parfois gênant pour les plantes basses qui ont besoin de lumière. Ailleurs, c’est l’habitat du rare aconit napel ou casque de Jupiter, plante intégralement protégée par l’Arrêté de 1976. D’autres biotopes du site conservent en leur sein des orchidées, comme les platanthères ou les épipactis protégées elles aussi.

Le vieux bras lui-même n’est pas étranger à la qualité générale du site. Ses eaux sont colonisées par plusieurs plantes enracinées au fond de l’eau mais dont les feuilles sont flottantes comme les nénuphars, ou immergées comme les myriophylles. Au bord de l’eau, des plantes comme la sagittaire, le rubanier, la patience d’eaux, l’iris jaune, la peu fréquente hottonie des marais profitent de l’accumulation des débris végétaux et des alluvions au fond de l’eau. Cette accumulation est spontanée.

D’anciens fossés de drainage plus ou moins colmatés aujourd’hui permettaient jadis l’assèchement de nombreuses parcelles envahies par la prairie à reine des prés. Ces prairies étaient jadis régulièrement fauchées : leur composition floristique était alors différente de ce qu’elle est maintenant. L’abandon du fauchage a assurément favorisé les espèces sociables comme la reine des prés, la baldingère ou la renouée bistorte. De plus, cet abandon a pour conséquence la recolonisation forestière par les saules, aulnes ou les bouleaux.

Dans ce milieu à l’abri de pollution atmosphérique, les lichens y sont chez eux. En effet, ils ont une telle exigence de qualité de l’air que les plus sensibles disparaissent à la moindre pollution.

Quant aux épicéas ou autres résineux, dans ce décor de molinies, ils sont le signe, exotique et éphémère, d’une volonté humaine de «valorisation » financière. Ils n’ont sur les parcelles avoisinant la R.N. qu’un avenir des plus mitigés.

La faune

Dans les hautes herbes comme le roseau ou la baldingère, le chœur des chants d’oiseaux n’est pas en reste. Héron, martin pêcheur, bouvreuil, chardonneret, chantent la balade d’accompagnement du vol chaviré de la rare cigogne noire qui trouve dans ces milieux un de ses lieux privilégiés de nourrissage.

Sur le site ainsi que dans les praires avoisinantes, on a signalé la présence de nombreux oiseaux particulièrement intéressants tels l’épervier, le milan royal, la bondrée, des chouettes, la bécassine des marais, la rousserolle effarvate, l’hypolaïs ictérine, le bruant des roseaux, la pie-grièche écorcheur, le loriot, etc…

C’est aussi un des hauts lieux pour les papillons pour les libellules, batraciens, reptiles, etc.

Les mammifères comme le chevreuil ou le chat sauvage mais aussi les chauves-souris ou les rongeurs qui ont élu domicile dans les tas de bois abandonnés sont les hôtes de ces lieux.

[Edité le 10 Septembre 2009]


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