Le Vague des Gohmets
Lorsque l’on quitte Rossignol en direction de Neufchâteau, un chemin forestier quitte le cimetière militaire français et s’enfonce dans la futaie sur la droite. C’est l’ancien chemin de Suxy. Cheminement paisible et relativement plat, cette voie conduit au Vague des Gomhets.
Historique
Le Vague des Gomhets ? Drôle d’appellation pour cette grande clairière au milieu de la forêt de Chiny.
Vague évoque des terres fort éloignées du finage du village et donc difficilement accessibles ou des terres peu propices à la culture. Dans le cas qui nous occupe, le terme s’applique bien puisque Les Bulles est distant d’au moins trio kilomètres et que ces terrains sont situés dans une vaste zone de semi-marécages.
A propos de « Gomhets », une explication circule depuis des décennies : il semblerait que les charrois qui quittaient les usines métallurgiques de la région aux XVIIe et XVIIIe siècles (Forges de Vierre entre autres) à destination de l’Ardenne et du bassin liégeois étaient conduits par une famille de la région appelée Gomhet. La légende raconte qu’ils faisaient halte à cet endroit et faisaient la causette avec les herdiers et les charbonniers qui occupaient les lieux.
On est sûr que ces terrains appartenaient au prieuré des Croisiers de Suxy durant le Moyen-Age. Cette autre clairière de la grande forêt de Chiny était exploitée pour la « herde », troupeau constitué de toutes les bêtes à cornes des Bulles emmené par le herdier communal qui en avait la responsabilité et pour la « sanre » qui était réservée aux porcins. Dès 1963, l’association « Ardenne et Gaume » passe une convention avec la commune de Les Bulles pour ériger en réserve naturelle cette vaste zone humide de plus de 40 ha. Actuellement, un peu moins de 30 ha sont propriété d’Ardenne et Gaume tandis qu’un peu plus de 17 ha sont loués à la commune de Chiny. Cette réserve naturelle est agréée par la RW depuis octobre 1975.
Réserve naturelle agréée
En Wallonie, un grand nombre de réserves naturelles sont soit gérées soit propriété (ou les deux) d’associations de défense de la nature telles que les Réserves naturelles et ornithologique de Belgique ou Ardenne et Gaume. Ces réserves peuvent, par la qualité de leur gestion, recevoir l’agrément de la Région wallonne. Elles peuvent alors bénéficier d’aides financières de la part de la RW pour l’acquisition de parcelles supplémentaires et la gestion de ces espaces protégés.
D’autres réserves sont directement gérées par la Division Nature de la Région wallonne : ce sont les réserves naturelles domaniales.
La réserve
Cette immense clairière de la forêt de Chiny est située au confluent de plusieurs ruis-selets, le ruis-seau du Gué des Cendres, le ruisseau de la Fange Wilmus, la Goutelle de la Grosse Jeanne et enfin le ruisseau de la Fagne des Gomhets. Ces rus forment le ruisseau du Moulin qui est un affluent de la Vierre qui se jette elle-même dans la Semois entre Jamoigne et Les Bulles.
Le Vague des Gomhets est occupé par un ensemble de prairies, aujourd’hui à l’abandon, et de marécages. Comme de nombreuses vallées humides d’entre Ardenne et Gaume, le climat de cette zone est particulièrement rude. C’est ce qui explique sans doute le fait que l’on y a découvert jadis des insectes que l’on trouve habituellement plus au nord de l’Europe, Hydraena britteni (Coléoptère Hydrophilide) et Neoitamus socius (Diptère Asilide). La végétation est formée de groupements de sources, de bas-marais et de prairies humides à hautes herbes. Les rebords plus secs du vallon sont occupés par des pelouses à nard. La présence de saules montre clairement un début de recolonisation forestière de la fange. Cet envahissement est néanmoins contrarié par le gibier qui broute les pousses des arbustes. La flore est fort intéressante et comporte plusieurs espèces protégées dont l’arnica (Arnica Montana), le trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata), l’orchis tacheté (Dactylorhiza maculata) et diverses espèces de sphaignes.
Quelques plantations d’épicéas et de pin, un fragment de boulaie pubescente boisent localement le site.
Les alluvions des ruisseaux, contenant des paillettes d’or (en très faible quantité), ont été délavées depuis des temps très anciens. Des tertres d’orpaillage – plus de 150 ! – encombrent les abords des ruisseaux.
[Edité le 06 Avril 2009]



